Comment se préserver au travail ?

Travail
Dr Fanny Jacq le 24/09/2019
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Le stress au travail, nous y sommes tous confrontés, quel que soit le métier que nous exerçons et quelle que soit notre place. Ce phénomène se banalise tant qu’on nous donne l’impression que c’est l’évolution logique de la société qui veut cela, et qu’il faut s’y adapter !

Le stress au travail, pourquoi ?

 

Cette notion est apparue dans les années 80 alors même que les conditions de travail se sont améliorées, le travail est moins pénible, sa durée diminue et le nombre de jours de congés augmente !

En revanche ces dernières décennies le monde du travail a subi de nombreux bouleversements qui expliquent l’augmentation des contraintes psychologiques :

Tout d’abord la multiplication des outils de travail grâce aux progrès technologiques : Téléphone portable, mail, SMS, nous sommes sans cesse sollicités.

Il n’existe plus d’« horaires de fermeture et d’ouverture des bureaux », on peut travailler partout et tout le temps, il n’y a plus de limite spatiotemporelle à l’exercice de son travail.

 

Ces nouveaux outils créent également des multiples formes de sollicitations, c’est le zapping permanent. Impossible de préparer un dossier sans être interrompu par un mail ou un appel. Ainsi, à cause de ces interruptions permanentes auxquelles il faut répondre dans la minute, les tâches prévues pour la journée ne sont pas finies le soir et le temps de travail s’allonge…

La mondialisation et les nouvelles technologies créent aussi une nouvelle forme de pression : nous sommes contraints à produire encore plus avec moins de temps et moins de coûts pour faire face à la concurrence.

 

Les aspirations et les inquiétudes de la société actuelle augmentent la crainte de perdre son emploi : les personnes en CDI se sentent redevables et doivent travailler toujours plus pour préserver leur statut de « privilégié », les personnes en CDD travaillent toujours plus pour obtenir un CDI… 

 

La mondialisation entraine également une course à la compétitivité : il faut être le meilleur, le plus performant, résister à la pression, se dépasser voire se sacrifier. Partir avant 23h quand on travaille dans un grand cabinet d’avocats ou de conseil est mal perçu. Au contraire envoyer des mails à 3h du matin sera vu comme une preuve de notre investissement.

 

Tous ces éléments vont créer une ambiance difficile sur le lieu de travail, alors même que les murs et le système hiérarchique tombent dans les entreprises, on travaille tous côte à côte en open space, on part en séminaire ensemble, on se détend ensemble… Pas facile quand les rapports professionnels ne sont pas au beau fixe.

 

 

Le stress au travail, comment se manifeste-t-il ?

 

Les symptômes sont variés et s’installent bien souvent, insidieusement, sans qu’on fasse le lien entre ces derniers et notre situation professionnelle.

Les symptômes peuvent être physiques : fatigue alors que les nuits sont bonnes, ou au contraire problèmes de sommeil, douleurs musculaires, maux de tête, mal de dos, palpitations, essoufflements font partie des signes d’alerte à ne pas négliger. Les symptômes sont également psychologiques : des ruminations anxieuses, des compulsions alimentaires, des troubles de la  mémoire, de concentration etc…

Ce qu’il faut savoir c’est que nous sommes plutôt inégaux face au stress, à notre façon de le supporter de le gérer, et que certaines personnes fonctionnent finalement assez bien sous pression, qu’elles vivent comme un challenge et avec excitation. Mais attention la bascule peut se faire vite entre ce « bon stress » qui dope les performances et le « mauvais stress » qui nous empêche d’avancer.

 

Le stress a aussi plusieurs visages selon nos personnalités.

 

Le stressé anxieux : il rumine, tourne en rond les mêmes idées sans avancer, il est tendu, énervé, inquiet.

Le stressé hyperactif : il s’agite en tous sens, fait mille choses en même temps sans pour autant être efficace, ce qui va le mettre en colère.

Le stressé psychosomatique : son stress se manifeste par de la fatigue, des douleurs physiques, des préoccupations tournées sur sa santé.

Le stressé débordé : son stress lui pèse tant qu’il n’arrive plus à recharger les batteries et cela peut conduire à un épisode de dépression d’épuisement.

 

En effet à partir d’un certain seuil, le stress semble diminuer pour laisser place à une grande lassitude, une indifférence (le « jemenfoutiste ») et une diminution nette des performances.

La personne touchée se démotive totalement : c’est l’épuisement professionnel ou « burn out ». Il est souvent spectaculaire puisqu’il touche des personnes qui jusque-là étaient au contraire très/trop investies dans leur travail, et qui du jour au lendemain, décrochent et se désimpliquent.



3 signes essentiels pour reconnaitre un burn out :

Une fatigue psychologique et physique amenant à l’épuisement

Un évitement des contacts sociaux et un repli sur soi

Une autoévaluation très négative, le sentiment dominant est celui de la culpabilité et de l’isolement.

 

Les techniques de gestion du stress au travail

 

Plusieurs techniques cohabitent et elles consistent à agir en même temps sur les différents symptômes du stress :

Des techniques de relaxation pour diminuer la tension physique et psychologique.

Des techniques cognitives pour travailler sur ses pensées : moins ruminer et positiver.

Des techniques de méditation pour prendre du recul sur les situations.

Des techniques de gestion des émotions pour mieux les maitriser.

 

 

Les techniques de relaxation sont principalement centrées sur la respiration et sur la détente musculaire.

Les méthodes de Schultz et de Jacobson sont les plus connues. Ces techniques peuvent être enseignées par un sophrologue, et il existe de plus en plus de possibilités de les pratiquer sur son lieu de travail. Ce sont des techniques efficaces si elles sont pratiquées quotidiennement.

 

En réponse au stress, on a tendance à se laisser envahir par des pensées négatives, à maximaliser ce qui va mal et à oublier ce qui va bien. Ces pensées se centrent sur nos préoccupations professionnelles, tournent en boucle sous forme d’interrogations sans réponse : on ne résout pas de problème mais on rumine, c’est-à-dire qu’on pense de façon inefficace. Et moins on résout de problèmes, plus on stresse, plus les pensées sont négatives, plus on rumine et le phénomène s’auto entretient.

 

Les techniques cognitives comme celles de Beck nous apprennent à identifier ces pensées, à identifier nos biais cognitifs ( c’est-à-dire que sous l’effet du stress, on ne pense plus objectivement mais on a tendance à négativer), et à faire une gymnastique mentale pour diminuer la force de ces ruminations.
Ces techniques peuvent s’apprendre avec l’aide d’un psychologue, d’un psychiatre qui pratique la Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC), ou bien seul accompagné d’une appli comme Mon Sherpa basée sur les techniques de TCC.

 

Ces techniques dites de « pleine conscience » ou de « mindfulness » permettent de prendre du recul sur les situations et de fixer son attention sur notre tâche du moment, en mettant à distance les pensées parasites. Ces techniques aident à améliorer nos performances en retirant les perturbateurs.

Elles sont enseignées par des médecins psychiatres ou des psychologues qui pratiquent la pleine conscience, ou dans des applis telles que Mon Sherpa.

 

 

Apprendre à gérer ses émotions, à ne pas se laisser déborder par elles sur son lieu de travail font partie des clés pour réussir dans sa profession. Le quotient émotionnel est au moins aussi important que le quotient intellectuel pour se sentir bien et progresser dans son travail. Avoir conscience de soi, confiance en soi, apprendre à s’affirmer, font partie des clés de la gestion des émotions et s’apprennent en TCC.

 

 

Les trucs et astuces pour mieux vivre au travail

 

 La clé est de garder un bon équilibre entre les différents pans de sa vie : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! Il faut travailler sa vie professionnelle, mais aussi sa vie de famille, ses amitiés, ses loisirs, sa vie personnelle… Ainsi quand un des paniers se vide un peu, nous avons toujours les autres sur lesquels nous appuyer !

 

Il est important de pratiquer une activité physique, même légère : par exemple faire la dernière station pour aller au travail à pied plutôt qu’en métro, idem pour le retour. Cela nous ménage des sas de décompression avant de pousser la porte (de notre domicile ou de notre travail).

 

Il est bon de se ménager des micro pauses de relaxation en journée, en détendant ses muscles.

 

Il est important de rire sur son lieu de travail, de prendre le temps de dire bonjour, de connaitre ses collègues, de dialoguer, de déjeuner ensemble même si on est « sous l’eau », il ne faut pas s’isoler.

 

Il est aussi important d’apprendre à bien gérer son temps, en essayant par exemple de dédier des plages horaires pour traiter les appels et les mails « parasites ».

 

En dehors de ces plages horaires, on reste sur son objectif initial de la journée et on ne se laisse pas distraire. Il est rare qu’il y ait de véritables urgences vitales au travail, il y a surtout des gens pressés… Il faut s’organiser, programmer, planifier, se motiver, identifier les situations qui font perdre du temps et les éviter, lister les tâches par niveau d’urgence et d’importance.

 

Attention à garder du temps pour soi, apprenez à vous déconnecter, à ne pas habituer votre entourage professionnel à ce que vous répondiez du tac au tac, soirs et week-end inclus, consultez vos mails à des moments précis, supprimez les alertes dès que des messages arrivent etc…

 

N’oubliez pas de bien communiquer au travail, de faire part de vos demandes, de vos critiques, n’attendez pas que les non-dits et les frustrations s’accumulent

 

Et bien sûr laissez de la place pour votre vie de couple, familiale, personnelle, pensez à vous, à ce qui compte vraiment dans votre vie, à vos valeurs, ne les oubliez pas pour le travail.

 

Pour finir, il faut se remémorer les sages paroles de Confucius :

 

 

« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. ».
Par Dr Fanny Jacq Médecin Psychiatre

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