Le digital au secours de la santé mentale

Santé mentale
le 18/03/2019
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La santé mentale se prête aussi bien, sinon mieux, aux soins par téléconsultation que la médecine générale. Il importe donc de faire évoluer la législation pour tenir compte de la spécificité de cette branche de la médecine largement sous-estimée, alors qu’elle compte le plus grand nombre de patients.

 

 

 

Les maladies mentales : première dépense de santé

Peu de nos concitoyens réalisent qu’aujourd’hui les maladies mentales représentent la première dépense de la Sécurité sociale, avant les maladies physiques, et que celles-ci génèrent 22 milliards de coûts directs* (consultations, traitements) et 109 milliards de coûts indirects* (arrêts de travail, hospitalisations…). Ce n’est pourtant guère étonnant lorsque l’on sait que la dépression est la maladie chronique la plus fréquente : 3 millions de Français en sont atteints, 1 million présente un trouble bipolaire et 5 millions un trouble anxieux*.

 

Largement insuffisante, la prise en charge des maladies mentales n’est pourtant pas différente de celle des maladies physiques : il s’agit d’émettre un diagnostic sur des symptômes et d’y apporter un traitement. Alors que le personnel médical est aujourd’hui en sous-effectif et les moyens alloués dérisoires par rapport au besoin réel, des solutions digitales voient le jour, qui pourraient révolutionner la prise en charge et le suivi des patients.

 

 

Le digital : porte d’entrée du parcours de soin

Le premier avantage majeur de solutions digitales comme la téléconsultation est de réduire le délai d’attente excessivement long d’une consultation psychiatrique : il faut compter de plusieurs semaines à plusieurs mois pour un rendez-vous en présentiel, contre 48 heures par visioconsultation. La technologie permet également d’éviter «  l’errance diagnostique  ». Alors qu’en ville le patient se rend souvent par défaut chez le spécialiste disponible le plus proche, les plateformes digitales offrent un éventail de soins détaillés, et permettent ainsi de s’adresser directement au bon spécialiste en s’affranchissant des contraintes géographiques.

 

Enfin et surtout, les outils digitaux permettent de contourner cet obstacle majeur aux soins mentaux qu’est la stigmatisation de la psychiatrie. Cette peur du regard de l’autre est la raison pour laquelle ce sont souvent les personnes qui ont le plus besoin de soins qui ne vont pas consulter. Or, le fait de rester chez soi et d’avoir un écran pour intermédiaire permet de se sentir suffisamment protégé pour entreprendre une telle démarche.

 

Cela est particulièrement vrai pour les fonctionnaires de police, les  enseignants ou les médecins ; des corps de métiers où le recours aux soins psychiatriques est particulièrement caché (alors que ce sont justement des professions où le risque de fracture psychologique est élevé). La possibilité de consulter par vidéo peut donc aider ces personnes à faire le premier pas vers un parcours de soin.

 

 

La consultation obligée en présentiel : frein à l’accès aux soins

Signal encourageant pour les outils digitaux de santé : depuis septembre 2018, la téléconsultation est remboursée par la Sécurité sociale. S’il s’agit d’un progrès qu’il convient de saluer, l’obligation posée par la loi qu’un patient ait été vu en présentiel dans les 12 mois qui précèdent une téléconsultation, est un obstacle majeur à la prise en charge psychiatrique pour les nombreux patients, qui vivent en « zones blanches » (c’est-à-dire des zones où il n’y a pas de psychiatre du fait de la désertification médicale). Ceux-ci ne peuvent par conséquent avoir accès ni un médecin en présentiel ni en virtuel.

 

Il s’agit donc d’une situation absurde, où les patients pour qui le digital résoudrait le problème de l’accès à un psychiatre en virtuel, ne peuvent en bénéficier du fait de l’impossibilité même d’en voir un en présentiel. De la même façon, cette obligation supprime la dimension confidentielle et protectrice du digital. Dans cette configuration, nombre de patients ne se résoudront pas à recevoir l’aide dont ils ont pourtant besoin.

 

 

Adapter le cadre légal à la spécificité de la psychiatrie

La loi ne comprend pour le moment que deux exceptions au rendez-vous en présentiel : le cas de la prise en charge d’une urgence, et celui du patient qui consulte un médecin inscrit dans son organisation territoriale. Cette dernière exception reste malheureusement inadaptée aux soins mentaux, car ce sont justement dans les zones blanches que les psychiatres sont trop occupés pour pouvoir assurer, en sus, des soins par vidéos.

 

La solution pour faciliter les soins des troubles psychiques consiste donc à adapter le cadre légal au caractère spécifique de la psychiatrie, et de la dispenser de l’obligation d’une consultation présentielle préalable. Il n’est bien entendu pas question que la vidéo remplace la consultation physique : les deux sont complémentaires, et la vidéo facilite la consultation ultérieure en cabinet. L’essentiel est de laisser le choix au patient.

 

 

Améliorer la prise en charge de la santé mentale est une urgence. Des outils digitaux existent qui, bien employés, peuvent améliorer la prévention et le suivi régulier des patients (c’est ce que l’on nomme la « thérapie digitale »). Mais leur adoption est conditionnée à une évolution du cadre législatif pour prendre en compte la particularité de la psychiatrie et permettre aux 12 millions de Français concernés d’en bénéficier*.

 

*Psychiatrie : sortir de l’état d’urgence, Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca, 2018, éditions Fayard.

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