C’est quoi un TOC ?

Troubles anxieux
Dr Fanny Jacq le 17/12/2019
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Le trouble obsessionnel compulsif fait partie des troubles anxieux et touche une partie non négligeable de la population française puisqu’environ une personne sur 50 en souffre.

Il est difficile de lister et de décrire tous les TOCs ou trouble obsessionnel compulsif, car chaque individu qui en souffre apporte des nuances qui lui sont propres à l’expression de la maladie, selon sa personnalité, ses origines, ses craintes, ses doutes…Le point commun en revanche de tous les TOCs est que ce syndrome se définit par 2 composantes essentielles :

 

  • Les obsessions

Ce sont des idées, des images mentales, des impulsions involontaires et gênantes qui provoquent un état émotionnel désagréable, un mal-être, de l’angoisse.

 

  • Les compulsions

Ce sont des actions (mentales ou comportementales) qui sont volontaires à la différence des obsessions, mais que l’on ressent comme étant obligatoires pour apaiser le mal être, se sentir mieux ou éviter une catastrophe.

On essaie de classer généralement les TOCs par thème

 

Ces catégories ne sont bien sûr pas hermétiques, et certaines personnes souffrent de plusieurs thématiques associées. On distingue classiquement :

 

    • Les thèmes religieux, moraux, superstitieux

Par exemple : « si je ne relis 7 fois ce mail, ma mère va mourir », « si je pense à Dieu dans un endroit impur comme une boite de nuit, j’irai en Enfer » etc…

 

    • Les thèmes de contamination, de pureté, de propreté

Par exemple : « Si je touche la barre du métro je vais attraper le Sida » ou bien « Si on ne fait pas un sas de décontamination dans l’entrée en changeant de vêtements alors mon appartement sera souillé »

 

    • Les thèmes de précision, d’ordre, de rangement, de perfection

Par exemple : « je dois tout aligné parfaitement dans ma maison sinon il va se produire une catastrophe » ou bien « je dois avoir visionner parfaitement ce film en entendant chaque mot, chaque son, en voyant chaque détail, sinon je suis en danger ».

 

    • Les thèmes de protection à l’égard de catastrophes ou de dangers

Par exemple « j’ai peur d’avoir provoqué un accident de la route sans m’en rendre compte donc je retourne sans cesse sur les lieux » ou « je vérifie en posant 57 fois ma main sur les plaques chauffantes de la cuisinière sinon je risque de mettre le feu à la maison »

 

    • Les thèmes « autres »

Comme le besoin de compter, d’associer des mots, le besoin d’accumuler et de ne rien jeter, l’obsession sur des sensations physiques (respiration, clignement des yeux) etc…

 

 

Ces 2 facettes (obsession et compulsion) de la même maladie vont venir s’auto alimenter.

En effet, l’obsession entraine une compulsion, qui va calmer l’obsession sur du court terme mais la faire persister sur du plus moyen terme. En effet comme la compulsion a très certainement empêché que l’obsession se réalise, cela renforce la croyance que la compulsion fonctionne. C’est ce que l’on appelle « une croyance auto réalisatrice ».

 

Prenons l’exemple d’une personne qui a une obsession de catastrophe imminente : elle craint que son appartement ne se fasse cambrioler en son absence. Du coup avant chaque départ, elle va vérifier 30 fois que la porte est verrouillée (c’est l’action de compulsion). A son retour, son appartement n’aura pas été cambriolé, et ça sera pour elle la validation que sa compulsion de vérification a bien fonctionné. De ce fait, lors de la prochaine sortie, elle renforcera encore son action de vérification « puisque ça marche ». C’est tout le souci de cette maladie, elle s’auto entretient, et « la solution (qui est la compulsion) est en fait le problème. »

 

Voici une anecdote qui je trouve illustre bien cette idée de prophétie auto réalisatrice :

 

2 hommes sont dans un TGV, entre Paris et Lille. Le premier regarde son voisin, intrigué. En effet celui-ci, à intervalles réguliers, se lève, ouvre la fenêtre et jette un peu de poudre blanche tirée d’un sac sur la voie. N’y tenant plus l’homme lui demande :

« A quoi sert cette poudre que vous jetez sur les voies »

L’autre répond : « A chasser les éléphants. Vous vous imaginez si un éléphant arrivait sur la voie, le train déraillerait et ça serait l’accident grave »

« Mais enfin monsieur il n’y a pas d’éléphant dans la nature entre Paris et Lille »

Et l’homme lui répond : « Ben oui évidemment, c’est grâce à ma poudre ».

 

C’est tout le souci avec le TOC ou trouble obsessionnel compulsif : tant que l’homme n’arrêtera pas de jeter de la poudre (sa compulsion) il ne réalisera pas que sa crainte (obsession) est infondée et que son action est inutile.

 

Il s’agit donc d’une maladie chronique, qui va souvent se manifester par une co morbidité, c’est-à-dire une maladie qui sera la conséquence du TOC, car celui-ci fait souffrir et à terme il peut provoquer : une dépression d’épuisement, des problèmes de sommeil, des conduites addictives, des idées noires, des crises d’angoisse. Le TOC peut aussi avoir des conséquences négatives sur le travail (lenteur, retard), la vie familiale et amicale (l’entourage est « otage » des TOCs), les finances.

 

Souvent le TOC apparait chez une personne qui a déjà une personnalité obsessionnelle

 

C’est-à-dire qu’elle a plusieurs de ces traits : préoccupation des détails et des règles, perfectionnisme, dévotion excessive pour le travail, rigueur, rigidité, contrôle, manque de flexibilité. On peut bien sûr avoir des traits de personnalité obsessionnelle sans souffrir de TOC par ailleurs, comme on peut avoir une personnalité inquiète sans forcément souffrir de trouble anxieux.

 

La thérapie cognitive et comportementale a fait la preuve de son efficacité sur les TOCs, notamment avec les techniques d’exposition avec prévention de réponse (EPR). Vous trouverez l’ensemble des activités en lien avec cette technique dans Mon Sherpa, activités sur les TOCs.

Souvent l’association à un traitement anti dépresseur est nécessaire en début de prise en charge, ainsi que parfois un anxiolytique ou un somnifère.

Par Dr Fanny Jacq Médecin Psychiatre

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